FlexBase : la plus grande batterie à flux au monde se construit en Suisse

À Laufenburg, FlexBase creuse une fosse de 168 m pour y installer une batterie de 2,1 GWh capable d'alimenter 210 000 foyers. Le stockage massif face aux énergies renouvelables.

FlexBase : la plus grande batterie à flux au monde se construit en Suisse

À Laufenburg, dans le canton suisse d’Argovie, une excavation creusée à 27 mètres de profondeur, longue de 168 mètres et large de 79 mètres, va accueillir ce que la société FlexBase présente comme l’une des plus grandes batteries de stockage électrique au monde. La capacité annoncée : 2,1 gigawattheures (GWh), de quoi alimenter 210 000 foyers pendant une journée entière. Selon BFM Business, le projet représente un investissement potentiel compris entre 1 et 5 milliards de francs suisses selon les phases envisagées.

Pourquoi stocker autant d’électricité ?

Le problème du stockage massif n’est pas nouveau, mais il devient structurel à mesure que les parcs solaires et éoliens gagnent du terrain en Europe. Une journée venteuse génère des surplus que le réseau ne peut pas absorber. Une soirée d’hiver froide et sans vent crée une tension inverse, parfois difficile à gérer en temps réel.

Les centrales à gaz ou nucléaires répondaient à la demande à la demande. Les renouvelables, elles, produisent quand la météo le permet. Sans un système de stockage massif entre les deux, l’équilibre du réseau repose sur des compromis coûteux : curtailment (production sacrifiée), interconnexions sous tension ou recours aux fossiles en pic de consommation.

C’est ce manque que FlexBase entend combler. Avec une puissance de plus de 1,2 gigawatt, l’installation serait comparable à la centrale nucléaire de Leibstadt, la plus puissante de Suisse. La capacité totale, 2,1 GWh, représente un ordre de grandeur rarement atteint pour une installation de ce type.

La transition énergétique a aussi besoin de financements innovants. J’ai couvert récemment Voltiq, une PME française qui structure ce type de financement : les modèles se diversifient, et l’infrastructure physique que bâtit FlexBase en est l’illustration la plus concrète.

La technologie : batteries à flux redox au vanadium

FlexBase n’utilise pas du lithium-ion. L’entreprise a sélectionné en mai 2026 Invinity Energy Systems comme partenaire technologique, spécialiste des batteries à flux au vanadium.

Le principe est différent de ce qu’on trouve dans une Tesla ou un iPhone. L’énergie n’est pas stockée dans des électrodes solides mais dans des électrolytes liquides, contenus dans de vastes réservoirs. Quand la batterie se charge, l’électricité est convertie en énergie chimique à l’intérieur de ces liquides. Lors de la décharge, le processus s’inverse et l’électricité est réinjectée dans le réseau.

Les avantages spécifiques à grande échelle

Trois points distinguent cette technologie pour un usage industriel :

  • Scalabilité : augmenter la capacité revient à agrandir les réservoirs. Pas besoin de multiplier les modules comme avec le lithium.
  • Durabilité cyclique : la batterie supporte des cycles répétés de charge/décharge sans dégradation marquée. Idéal pour équilibrer un réseau au quotidien.
  • Sécurité incendie : le fondateur de FlexBase met en avant l’ininflammabilité de la technologie Invinity. Le lithium-ion, en théorie capable d’atteindre de grandes capacités, pose des problèmes de dissipation thermique qui deviennent critiques à cette échelle.

La montée en puissance est prévue en deux temps : une première phase à 1,5 GWh, puis une extension jusqu’à l’objectif final de 2,1 GWh.

Un campus technologique, pas seulement une batterie

Le site de Laufenburg ne se résume pas à la fosse. Le campus technologique couvrira plus de 40 000 mètres carrés au total, avec plus de la moitié dédiée aux équipements énergétiques. Les infrastructures annexes comprennent :

  • Un centre de données spécialisé en intelligence artificielle
  • Des laboratoires de recherche
  • Des espaces de bureaux pour des entreprises technologiques

L’angle le plus intéressant, selon moi, c’est la valorisation de la chaleur fatale des serveurs. Au lieu de dissiper dans l’air la chaleur produite par les data centers, FlexBase prévoit de la récupérer pour alimenter un réseau de chauffage urbain desservant Laufenburg et ses environs. L’entreprise estime que cette approche pourrait éviter 82 700 tonnes de CO2 sur trente ans.

C’est une logique d’économie circulaire appliquée à l’échelle d’un campus industriel : la chaleur qui était jusqu’ici un déchet devient une ressource. Le sujet de l’IA et de ses implications physiques et énergétiques est d’ailleurs de plus en plus présent dans les débats d’entreprise, comme je l’analysais dans un article sur l’IA en entreprise et le rôle de l’humain.

Un emplacement stratégique dans l’histoire électrique européenne

Le choix de Laufenburg n’est pas anodin. Cette ville abrite l’Étoile de Laufenburg (Stern von Laufenburg), un poste électrique considéré comme le berceau du réseau électrique européen interconnecté. C’est là qu’en 1958 les réseaux suisse, français et allemand ont été reliés pour la première fois à haute tension. Aujourd’hui encore, ce nœud reste l’un des principaux carrefours des échanges électriques à l’échelle du continent.

Installer la batterie à cet endroit, c’est se connecter directement à l’épine dorsale du réseau européen. La pertinence technique est évidente : les flux d’énergie transitent déjà ici, et une capacité de stockage de 1,2 GW peut intervenir rapidement pour équilibrer des déséquilibres à l’échelle transnationale.

Ce que ça veut dire concrètement pour la transition

Le chantier de Laufenburg illustre une réalité que les acteurs de l’énergie connaissent bien : le vrai goulot d’étranglement de la transition énergétique, ce n’est plus la production d’électricité verte, c’est son stockage.

L’Europe installe des GW de solaire et d’éolien chaque année. Mais sans capacité de stockage proportionnelle, une part croissante de cette production est perdue ou mal valorisée. Un projet comme FlexBase, s’il tient ses promesses, apporte une réponse à cette équation.

Trois points à retenir pour évaluer le projet objectivement :

  • Les chiffres annoncés (2,1 GWh, 1,2 GW) sont communiqués par l’entreprise elle-même. La mise en service complète n’est pas encore datée précisément dans les informations disponibles.
  • Le budget entre 1 et 5 milliards de francs suisses est une fourchette large qui reflète l’incertitude des phases d’extension.
  • Les 300 emplois annoncés restent une projection, liée à la réalisation complète du campus.

Mon avis

La technologie flux redox au vanadium n’est pas nouvelle, mais son déploiement à cette échelle serait inédit. Ce qui me semble solide dans ce projet, c’est la cohérence du site choisi : un nœud historique du réseau européen, une logique de valorisation thermique intégrée, et un partenaire technologique identifié (Invinity Energy Systems). Ce qui reste à surveiller, c’est le calendrier de financement : une fourchette de 1 à 5 milliards, c’est précisément le genre d’intervalle qui signale que la levée de fonds n’est pas bouclée. L’ambition est lisible. L’exécution reste à démontrer.

FAQ

Qu’est-ce qu’une batterie à flux redox au vanadium ?

C’est un système où l’énergie est stockée dans des électrolytes liquides au vanadium, conservés dans des réservoirs. Contrairement au lithium-ion, la capacité s’augmente en agrandissant les cuves. Le procédé est stable, cyclable à répétition et ininflammable.

Quelle est la capacité de la batterie FlexBase à Laufenburg ?

L’objectif final est de 2,1 GWh de capacité de stockage et 1,2 GW de puissance. Une première phase devrait atteindre 1,5 GWh avant extension. À titre de comparaison, 2,1 GWh représente l’alimentation de 210 000 foyers pendant une journée entière.

Pourquoi Laufenburg a-t-il été choisi pour ce projet ?

Laufenburg abrite l’Étoile de Laufenburg, le nœud où les réseaux électriques suisse, français et allemand ont été interconnectés pour la première fois en 1958. C’est toujours l’un des principaux carrefours du réseau européen, ce qui facilite l’injection rapide de l’électricité stockée.

Combien coûte le projet FlexBase ?

Selon les estimations relayées par Swissinfo, le coût total est estimé entre 1 et 5 milliards de francs suisses selon les phases de développement. Cette fourchette large reflète l’incertitude liée aux extensions progressives du campus.

Quel est l’intérêt de récupérer la chaleur des data centers sur ce site ?

Les serveurs informatiques génèrent beaucoup de chaleur qui est normalement perdue. FlexBase prévoit de la récupérer pour alimenter un réseau de chauffage urbain local. L’entreprise estime que cela éviterait 82 700 tonnes de CO2 sur trente ans.

Information et avertissement

Cet article est rédigé à titre informatif et pédagogique, à partir de sources publiques citées. Les données chiffrées (capacité, budget, emplois) sont celles communiquées par FlexBase et relayées par BFM Business et Swissinfo. Elles n’ont pas été vérifiées de manière indépendante et peuvent évoluer en fonction de l’avancement du projet.

FAQ

Qu’est-ce qu’une batterie à flux redox au vanadium ?

C’est un système où l’énergie est stockée dans des électrolytes liquides au vanadium, conservés dans des réservoirs. Contrairement au lithium-ion, la capacité s’augmente en agrandissant les cuves. Le procédé est stable, cyclable à répétition et ininflammable.

Quelle est la capacité de la batterie FlexBase à Laufenburg ?

L’objectif final est de 2,1 GWh de capacité de stockage et 1,2 GW de puissance. Une première phase devrait atteindre 1,5 GWh avant extension. À titre de comparaison, 2,1 GWh représente l’alimentation de 210 000 foyers pendant une journée entière.

Pourquoi Laufenburg a-t-il été choisi pour ce projet ?

Laufenburg abrite l’Étoile de Laufenburg, le nœud où les réseaux électriques suisse, français et allemand ont été interconnectés pour la première fois en 1958. C’est toujours l’un des principaux carrefours du réseau européen, ce qui facilite l’injection rapide de l’électricité stockée.

Combien coûte le projet FlexBase ?

Selon les estimations relayées par Swissinfo, le coût total est estimé entre 1 et 5 milliards de francs suisses selon les phases de développement. Cette fourchette large reflète l’incertitude liée aux extensions progressives du campus.

Quel est l’intérêt de récupérer la chaleur des data centers sur ce site ?

Les serveurs informatiques génèrent beaucoup de chaleur qui est normalement perdue. FlexBase prévoit de la récupérer pour alimenter un réseau de chauffage urbain local. L’entreprise estime que cela éviterait 82 700 tonnes de CO2 sur trente ans.

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